"embrassez le fils"




À la suite d’un échange, n’ayant aucun rapport avec la discussion de base comme d’habitude, un chrétien m’a demandé qui était "le fils" dont David fait état dans les psaumes.


Le verset qui en parlerait m’a été présenté comme suit :

Psaume 2

12. Baisez le fils, de peur qu’il ne s’irrite, Et que vous ne périssiez dans votre voie, Car sa colère est prompte à s’enflammer. Heureux tous ceux qui se confient en lui!

En vérité, le psaume ne dit pas "baisez le fils", la traduction s’avère erronée.

Psaume 2

12. Armez-vous de pureté de peur qu’il ne se fâche et que vous ne périssiez sur le chemin, car dans un instant sa colère sera enflammée; les louanges de tous ceux qui se réfugient en lui.

Les bibles chrétiennes offrent comme interprétation, l’expression : "baisez le fils" ou "embrassez le fils".
La véritable traduction se trouve plutôt être : "armez-vous de pureté" ou plus littéralement "aspirez à la pureté".

Comment est-il possible que les bibles chrétiennes aient opté pour la phrase "baisez le fils" ou "embrassez le fils" alors que le mot fils n’apparaît pas dans ce psaume ?
Quelle est la raison de cette mauvaise traduction du psaume sachant que celui-ci signifie en réalité "armez-vous de pureté" ou "aspirez à la pureté" ?

Simplement, car les bibles chrétiennes ont traduit le terme en vue de l’araméen, alors que celui-ci est en hébreu.

Le mot hébreu pour "fils de" est בן (ben). בן est le radical.
Le mot araméen pour "fils de" est בר (bar). בר est le radical.
Pour dire "le fils" en araméen, on doit rajouter l’article défini "le", à savoir la lettre א (aleph), équivalent du ה () en hébreu.
Si le mot (bar) du psaume était le mot araméen בר (bar) pour dire "fils", alors il y aurait écrit בְּרָא (béra) pour dire "le fils".
L’article défini "le" n’existe donc pas dans ce texte.
Or, suivant la croyance chrétienne, il est uniquement écrit בר, ce qui voudrait dire simplement "fils", un "fils" indéfini. Ce qui ne correspond pas à la conviction chrétienne d’une annonce concernant Jesus en tant que : "le fils" dont David traiterait.

De ce fait, même si nous partons de l’hypothèse chrétienne, et acceptons qu’il soit ici question d’un mot araméen, l’idée que ce mot soit : "le fils", avec l’article, ne fonctionne pas.

Les chrétiens traduisent le mot בַר, du psaume 2.12 en considérant celui-ci comme le nom araméen qui signifierait "un fils". Le souci dans cette traduction et cette compréhension se trouve dans le fait qu’aucun mot des psaumes n’est rédigé en araméen.
En gros, ce mot serait le seul écrit dans cette langue.
Nous pouvons d’ailleurs le constater avec le mot "fils" lui-même. Toutes les occurrences du mot "fils", dans les 150 psaumes, ont pour radical : בן 

Voici quelques exemples :

Psaume 4.3       בְּנֵי    fils
Psaume 29.2     בְּנֵי    fils
Psaume 89.7     בִּבְנֵי  les fils

Si le mot voulait dire "le fils", il aurait été écrit comme suit en hébreu en y ajoutant l’article "le", ה () devant le nom : נַשְּׁקוּ אֶת הַבַּר
Ou dans l’hypothèse de l’araméen, avec l’article "le" א (aleph) : נַשְּׁקוּ יַת בְּרָא

Il existe bien des endroits où le TaNaKh est écrit en araméen. Certains psoukim (versets), certains chapitres, etc.
Nous pourrions donner quelques exemples, mais cela ne serait pas très pertinent. En effet, les psaumes sont regroupés dans un livre écrit à une période par des auteurs usant d’un certain langage. Les mettre face à d’autres passages du TaNaKh serait une erreur intellectuelle énorme du fait que celui-ci est composé de plusieurs livres qui sont à la base bien distincts.

Rachi commente :

Armez-vous de pureté : Armez-vous de la pureté du cœur. Certains expliquent נשקו comme garnimont en vieux français, équiper. (Cela vient du verbe, garnir. Garnimont signifie fournir, comme dans Gen. 41 : 40). Menahem (p. 179) l’interprète comme une expression de désir, comme (dans Gen. 3:16) : "Ton désir (תשוקתך) sera pour ton mari."

Le verbe utilisé, נשׁק peut signifier "baisez" "embrassez", mais il a une autre signification qui est "armer" (signifiant s’équiper d’armes).
Si l’on considère le contexte, on se rend bien compte que la traduction chrétienne n’a aucun sens.
Le roi David parle des rois qui viennent pour le combattre.
Dans le verset 11, il est écrit enfin :

Servez le Seigneur avec crainte, et réjouissez-vous en tremblant

"S’armez de pureté" devient alors bien plus cohérent face au texte en lui-même. Par ailleurs, le verbe נשׁק apparaît comme "armer" dans Psaume 78. 9
Tout doit être compris en vue du contexte !

11. Servez le Seigneur avec crainte, et réjouissez-vous en tremblant
12. Armez-vous de pureté, de peur qu’Il ne se fâche et que vous ne périssiez en chemin, car dans un instant sa colère s’enflammera, les louanges de tous ceux qui se réfugient en Lui.

De qui parle David ici ? De Dieu, pas d’un "fils" humain ou demi-dieu, qui serait, selon la croyance chrétienne, Jesus.

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